Un jour, vers 1600...

Un jour, un ami écossais du clan Mackenzie m’a raconté une petite anecdote qui me laisse encore aujourd’hui pantoise. A vrai dire ce n’est pas tant l’histoire elle-même qui me fît froid dans le dos que le petit sourire qu’il eut à la fin de son récit…

Les Mackenzie étaient autrefois un des quatre clans les plus puissants dans le nord de l'Écosse. Mais, contrairement à leurs homologues, ils sont arrivés au summum de leur puissance en agissant comme agents royaux pour les rois écossais successifs et ils étaient connus pour être les hommes forts de la monarchie dans le nord. Ce qui n’était pas pour plaire aux clans rebelles à la royauté et notamment aux Mac Donald de Glengarry et de Clanranad, qui saisissaient tous les prétextes pour en découdre avec les Mackenzie au cours de raids sanglants. Mais les Mackenzie avaient d’autres ambitions que de petits raids sans envergure. Et après des siècles de mécénat royal, d'intrigues et d'ambitions impitoyables, les Mackenzie réussirent à se bâtir un empire qui s'étendait de la côte est de l'Ecosse à l'archipel des Hébrides à l'ouest. Bien évidemment la croissance du pouvoir Mackenzie s’est presque toujours faite au détriment des autres clans et en particulier de celui des Macleod de Lewis beaucoup moins puissants que les Mac Donald et donc plus vulnérables.

Au début des années 1600, l’île de Lewis, ainsi que de nombreuses autres îles des Hébrides, était considérée comme quasiment ingouvernable et les Macleod étaient une épine dans le pied du Roi James VI qui était incapable de pacifier cette partie turbulente de son royaume. Il faut dire que James VI, roi des écossais, avait une aversion frisant la haine pour la culture gaélique et les Highlanders en particulier. Il les considérait comme fous, mauvais, incultes et barbares : l'antithèse même de la société civilisée. Mais en raison de l'éloignement des Highlands de son gouvernement à Edimbourg, il ne pouvait pas faire grand chose aussi le roi eut l’idée géniale d'utiliser les clans sur lesquels il avait une influence et il n’eut aucun scrupule à exercer son autorité royale.

C'est ainsi que le chef Colin Mackenzie, avec la royale bénédiction de sa majesté James VI, sauta sur l’occasion et se porta volontaire pour envahir l’île de Lewis avec une armée de 700 hommes. Déterminé à récupérer les terres des Macleod, Colin Mackenzie se déchaîna, balayant tout sur ​​son passage dans une campagne particulièrement vicieuse et sanglante. Acculés, les Macleod furent forcés de se replier dans leur forteresse de Birsay sur l'île rocheuse de Bearneray. Sans nul doute, ils se sentaient en sécurité sur leur rocher,  Bearneray ayant résisté à de nombreux sièges auparavant. Mais le chef du clan Mackenzie était aussi impitoyable que rusé.

Tous les Macleod ne furent pas en mesure d'atteindre la sécurité de la forteresse et Colin Mackenzie sauta sur l’occasion. Les retardataires Macleod étant surtout composés de femmes et d’enfants, les Mackenzie furent prompt à la manœuvre. Et en un rien de temps, tout ce petit monde fut arrêté, parqué sur un îlot rocheux non loin de la forteresse de Birsay et abandonné à la marée montante.

Les Macleod coincés dans leur forteresse, qui avait une vue imprenable sur le rocher, furent confrontés à un choix difficile : abandonner leur position et sauver leurs proches ou bien les regarder se noyer. Ils tergiversèrent quelques heures mais lorsque les cris de leurs femmes et de leurs enfants devinrent plus forts au fur et à mesure que la marée montait, ils n’eurent pas d’autre choix que de se rendre aux Mackenzie.
C’est à ce moment-là du récit que mon ami releva la tête, révélant un petit sourire victorieux…

Quatre cents ans sont passés depuis mais une chose est sûre, les descendants des highlanders n’ont pas oublié les petites rivalités entre clans (grâce à une tradition orale bien entretenue par les anciens). Souvent ils s’en amusent mais parfois elles peuvent dégénérer en bagarre le soir après un verre de trop au pub. Il arrive aussi que la raison de la brouille remonte à des générations et qu’elle se soit perdue avec le temps mais d’après mon ami, il y a toujours une bonne raison pour qu’une bagarre commence entre un Mackenzie et un Mac Donald…ou un Macleod…