Le Clan MacIains Mac Donald de Glencoe

Glencoe n’apparaît officiellement dans les archives que vers le XIIe siècle et semble avoir été une possession du grand chef Somerled au même titre que les îles et une vaste étendue de la partie continentale de l'ouest de l'Ecosse. Dougall, le fils aîné de Somerled, ancêtre des Mac Dougall de Lorn et d’Argyll, en hérita avec le nord du continent. Dans les guerres de succession au trône d’Angleterre et d’Ecosse du début du XIVème siècle, les deux grandes maisons héritières en lien direct des fils de Somerled s’opposent. Et alors que les Mac Dougall se battent aux côtés de Jean Baliol et Comyn le Rouge, les Mac Donald, descendants de Ranald le deuxième fils de Somerled, ont choisi le camp de Robert Bruce prétendant légitime au trône. Au cours des guerres qui suivirent pour conquérir les trônes d’Ecosse, d’Irlande et d’Angleterre, Angus Og Mac Donald, arrière-petit-fils de Ranald, se distingua avec son clan lors de la bataille de Bannockburn. Il fut récompensé pour sa fidélité et sa bravoure et reçut les terres de Morvern, Ardnamurchan et Lochaber, confisquées aux Mac Dougall en raison de leur traîtrise envers Robert Bruce. Par la suite, John, le fils aîné d’Angus Og, devint le nouveau Seigneur des Isles, et son plus jeune fils, Iain Fraoch, (« Iain de la Bruyère », fils naturel) reçut Glencoe. Iain Fraoch fortifia son droit sur Glencoe en épousant la fille de Dugal MacEanreug et créa un nouveau clan membre de la grande famille des Mac Donald et lui donna son nom : Mac Iain de Glencoe ; à ne pas confondre avec les Mac Iain d’Ardnamurchan qui descendent de Iain Sprangaech, non pas par d'Angus Og, mais par Angus Mor, le père d’Angus Og.

Les chefs successifs de la Seigneurie des Isles de la grande maison des Mac Donald perpétuèrent la tradition de révolte, menaçant la stabilité du trône d'Écosse ; pendant que les chefs des clans de moindre importance comme Mac Iain de Glencoe et Mac Iain d’Ardnamurchan démontraient une prédisposition naturelle à s’engager dans des entreprises guerrières sans foi ni loi à plus petite échelle, mais qui n’en étaient pas moins dangereuses. Sous le règne de James VI, Mac Iain d’Ardnamurchan lança un défi ouvert aux pouvoirs de la loi et de l'ordre et devint une véritable terreur pour une grande partie de la côte ouest de l'Écosse. L'histoire dit de lui que lors des raids qui l'ont emmené sur les eaux étroites du Loch Linnhe, il a imaginé de peindre un côté de sa galère en blanc et l'autre en noir de sorte que ceux qui le remarquaient à l’aller remontant le loch pour piller et brûler ne puissent à son retour le reconnaître et l'attaquer avec son butin à bord. Bien que les Mac lan de Glencoe juraient n’avoir aucun rapport avec les expéditions de piraterie de leurs parents, ils furent tout de même soupçonnés d’y avoir participé à un moment ou un autre et pour un étranger, faire la différence entre les deux clans était quasiment impossible. 

Au fil du temps la maison des Campbell tissa sa toile et augmenta son influence au sein du gouvernement anglais, alors que les Mac Donald s’enfonçaient un peu plus dans la rébellion et que les Mac Ian d’Ardnamurchan (et certainement ceux de Glencoe aussi), accentuaient leurs raids sur les terres des Campbell. La lutte entre les deux clans atteint son paroxysme au XVIIème siècle, lorsque les Campbell se sentant enfin assez forts firent face à leurs rivaux Mac Donald et les vainquirent d’un seul coup. Et lors des guerres civiles sous Charles Ier, alors que le marquis de Montrose chef de la rébellion était battu à Philiphaugh, le marquis Campbell d’Argyll se retrouva à la tête des forces gouvernementales. Il saisit l'occasion pour envoyer les armées du Pacte d’Union démolir les derniers bastions des Mac Donald et des Mac Dougall, brûlant les forts de ce dernier à Gylen et Dunnollie près d'Oban et en profita pour massacrer les trois cents Mac Donald qui gardaient le château de Dunavertie à l'extrémité sud du Kintyre.

Ces événements furent le prétexte, pendant le demi-siècle qui suivit, pour les Mac Iain de Glencoe et avec l’aide des Mac Donald de Glengarry, d’accentuer les pillages sur les terres des Campbell qui se trouvaient à l'ouest de Glencoe. Pour des raisons purement géographiques les terres qui souffrirent le plus de ces incursions furent celles de la branche cadette de la famille des Campbell d’Argyll : les Campbell de Glenurchy, dont le chef devint comte de Breadalbane et de Hollande sous Charles II. Lors d’une fête de mariage qui se passait à la forteresse de Glenurchy de Finlarig sur le Loch Tay, l’alerte fut donnée que les Mac Iain de Glencoe étaient en train de voler le bétail des Campbell. Aussitôt les invités du mariage se lancèrent à la poursuite des voleurs et une rixe particulièrement sanglante eut lieu dans le vallon. Mais le pire advint pour les Campbell de Glenurchy lorsque les Mac Iain de Glencoe et les Mac Donald de Glengarry profitèrent de leur retour après la bataille de Killiecrankie pour faire un raid chez Robert Campbell de Glenlyon, l’homme de main du comte de Breadalbane. Ils le dépossédèrent de ses bovins et de ses objets de valeur et firent de lui un homme totalement ruiné.

Cette inimitié et ces événements ont certainement été la cause immédiate du tristement célèbre « massacre de Glencoe ». Et ce sont les circonstances même de l'affaire : la trahison, les personnes concernées et le site géographique incomparable dans lequel ce drame tragique eut lieu, qui donnèrent son caractère exceptionnel et sa notoriété à cet acte ignoble. Les maîtres de la littérature comme Sir Walter Scott et lord Macaulay contribuèrent également à sa mise en lumière.

Lorsque le Maître de Stair ordonna le massacre et que Robert Campbell de Glenlyon déchaîna ses troupes, le clan comptait environ deux cents combattants aguerris mais aucun ne put se défendre. Parmi ces hommes, près de cent soixante purent s’échapper et avec quelques femmes et enfants, ils s’enfuirent dans les collines enneigées et marchèrent près de douze miles (environ dix-neuf kilomètres), avec par endroit de la neige jusqu’à la taille, avant de trouver un refuge sûr. Leurs maisons furent totalement brûlées et leurs moyens de subsistance (près de douze cents têtes de bétail, des chevaux et un grand nombre de moutons et de chèvres), furent emmenés à Fort William sur ordre de Glenlyon pour remercier la garnison.

Il se passa trois ans avant qu’une enquête sur les circonstances et les responsabilités dans ce massacre soit ordonnée par le gouvernement. Le rapport de la Commission royale mit tout le blâme sur le Maître de Stair et blanchit les Campbell. Et bien que la seule punition de Stair fut de se retirer pour un temps de la vie publique, il a été dit lorsqu’il est décédé en 1707, qu’il s’était donné la mort. Dans la plus pure tradition des Highlands, la conséquence directe du massacre s’est traduite par l’apparition d’une malédiction sur la maison de Glenlyon. Peu de temps après le massacre, Robert Campbell de Glenlyon, sous le poids de la culpabilité et du remord, s’enfonça dans l’alcool et les dettes de jeu. Il dut quitter l’armée et prendre une retraite anticipée. A cette occasion, il aurait dit :
« La malédiction de Dieu sur Glenlyon est ici. Je suis un homme malheureux et ruiné ! ».

Sir Walter Scott raconta dans une de ses œuvres une anecdote très romantique suite au massacre de Glencoe. Au cours de l'Insurrection de 1745, l'armée des Highlands, prit Edinburgh et l’état-major des rebelles craignit que les hommes de Glencoe puissent chercher à se venger en brûlant la maison de Newliston, siège de Lord Stair, dont l'ancêtre avait ordonné le crime. Aussitôt, il fut convenu qu'un homme protégerait le lieu. Mac Donald de Glencoe entendit parler de cette résolution et jugeant son honneur impliqué, demanda que la garde incombe aux hommes de son propre clan. Le prince Charles Edouard accepta et l’on raconta partout : « Les Mac Donald ont gardé de la moindre blessure la maison de l'homme d'État cruel et rusé qui avait conçu et dirigé le massacre de leurs ancêtres ».

En raison de ses fantômes et de sa magnificence, la vallée de Glencoe est visitée par des milliers de touristes chaque année et on peut voir au-dessus de la petite maison Clachan d’Invercoe les ruines grises des maisons, vestiges de la tragédie de ce terrible matin de Février 1692.

Au début du siècle dernier, Ewan MacDonald, le chef de l'époque, transmis ses terres à sa fille et unique héritière et vers la fin du siècle Glencoe a été acquis par un grand homme d'État canadien qui a pris le titre de Lord Strathcona.

Les chefs du clan sont traditionnellement enterrés sur Eilean Munde, une petite île sur le Loch Leven, en face de Ballachulish. Sur ce site une chapelle a été construite par Saint Fintan Mundus qui venait de Iona et s’est installé sur l’île au septième siècle.

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Cri de guerre : Fraoch Eilean

Le dernier crest (blason) enregistré pour les Mac Iain Mac Donald de Glencoe est une main tenant un Sgain dhu (qui signifie dague sombre), entouré d'une couronne de laurier ouverte.